Dress Code

Le respect du Dress-Code des clubs bdsm figure parmi les craintes les plus importantes des nouveaux venus. On peut penser que parmi tous ceux qui n’oseront jamais pousser la porte d’un club , l’appréhension suscité par le Dress-Code imposé figure dans les tous premiers motifs.

Ce n’est sûrement pas propre au bdsm. Quoi de plus désagréable que de se retrouver avec une tenue inappropriée lors d’un événement ou d’un dîner? Le savoir-vivre n’impose-t il pas d’ailleurs d’indiquer à ses convives la tenue à porter ?

L’estime de soi

Le vêtement entretient une relation étroite avec l’estime de nous même. Il y a les vêtements dans lesquels on se sent bien, ceux que l’on considère comme ne nous correspondant pas du tout, que l’on refuserait par dessus tout de porter.

Le dress-code c’est une petite violence paradoxale. D’un côté il nous protège car il nous évite de nous retrouver en costume de ville dans une soirée déguisée (et inversement ) mais il peut aussi nous obliger à nous retrouver dans une tenue dans laquelle on ne sera pas du tout à l’aise.

C’est ce que l’on craint dans les premières sorties dans les clubs bdsm. Tout le monde n’est pas enthousiaste à l’idée de s’imaginer en cuir-vinyl-latex. Et inversement l’impression peut être tout aussi désagréable de s’imaginer être le ou la seule à ne pas être accoutrée de la sorte.

Qu’en est il exactement ?

En premier lieu il convient de noter qu’une soiree en club bdsm n’est pas une soiree déguisée. Il existe des soirées fetish. Mais c’est tout autre chose. Dans ce type de soiree on vient pour plus pour profiter du spectacle des uns et des autres. En club c’est différent. Il faut un dress code car un couple ou un groupe qui n’aurait pas fait un minimum d’effort pour se préparer à une soirée poserait sans aucun doute d’autres problèmes que simplement le vêtement.

Chez Cris & Chuchotements , la question s’est résolue avec les années de pratique. Le dress code « imposé » par Pascal c’est une sorte de minima.
Une tenue intégralement noire pour les hommes. Un jean noir et un tee shirt noir peuvent suffire et sont parfaitement adaptés pour ces fameux hommes seuls de talent qui manient le martinet, le fouet … et d’autres instruments.
Pour les dames une simple tenue sexy ou une tenue minimaliste sont également adaptées.

Ce minimum garantie à chacun de ne pas se sentir mal à l’aise car la contrainte est tout de même minimale. En même temps, il garantit un lien entre les uns et les autres, un dénominateur commun.

Une fois admis qu’il s’agit d’un minimum , il faut comprendre que tout est possible. Il n’y a pas de limite tant que l’on est dans le registre du bdsm et du fétichisme. Toutes les extravagance sont les bienvenues mais pas imposées.

C’est cela qui est difficile de faire comprendre en quelques mots quand on explique le tenants et les aboutissants du dress code des clubs en général et de Cris & Chuchotements en particulier.

Quelques conseils pratiques

Un vêtement revêt aussi un caractère pratique. Si vous venez pour la première fois en club bdsm, ne sous-estimez pas le fait qu’il vous faudra marcher, monter des escaliers, franchir des marches petites et grandes. Difficile à faire avec les ballet-boots que vous aurez acheté l’après midi précédent votre venu…

Se lancer dans la visite d’un club comme Cris & Chuchotement, ce n’est pas pénétrer dans un atmosphère de codes artificiels et convenus. La plupart des couples habitués que vous rencontrerez existent plus par leur pratique, leur convivialité et leur empathie que par leurs tenues même si celles-ci peuvent être très jolies et érotisantes par ailleurs. Le Dress Code n’est pas là pour vous mettre une contrainte, il est là pour garantir à tous le respect que nous nous devons.

D’ailleurs ce que me dit mon ami Pascal dont l’art de trier la clientèle est devenu légendaire, c’est que lorsqu’une personne nouvelle se présente au club, la première chose qu’il regarde, ce n’est pas sa tenue, mais son regard.

 

Henri – C&C
mh51@icloud.com

Première Sortie

Souvent je discute avec des personnes qui réalisent leur première sortie en club bdsm. Force est de constater que dans l’immense majorité des cas, c’est un événement qui est vécu avec une très grande intensité émotionnelle. Certains, peut-être la plupart, ont eu précédemment l’expérience de clubs libertins « classiques ». Clubs dont ils reconnaitront qu’il n’aura pas été aisé non plus de franchir le seuil. Mais pour autant, l’expérience du club bdsm reste unique.

Pourquoi donc ?

Peut-être d’abord car les Clubs bdsm sont rares. A Paris, quelques clubs proposent des soirées ou une ambiance sm. mais il n’existe qu’un seul club dédié au bdsm, un lieu mythique qui s’est patiné avec le temps, un lieu coupé de l’époque et du monde : le fameux Cris & Chuchotements , tenu par mon ami Pascal depuis plus de vingt ans. Alors nécessairement, entrer dans le lieu est en soi une expérience. Ce n’est pas comme découvrir un club libertin parmi d’autres dont on pourra critiquer ceci ou critiquer cela comme on le ferait dans d’un restaurant. Chaque grande capitale à son club SM de référence Le lieu impose un respect.

La peur et l’angoisse

Mais il y a sans doute une raison plus profonde; car descendre l’escalier qui mène aux entrailles de Cris & Chuchotements, ce n’est pas rencontrer un lieu, c’est rencontrer le bdsm. Bien sûr, beaucoup auront déjà eu une pratique, soit en couple ou dans des soirées plus ou moins mondaines. Mais entrer pour la première fois dans un lieu mythique c’est rencontrer l’essence même de cette pratique.

On dit que l’angoisse est une peur sans objet. On a peur de quelque chose de précis et on est angoissé par ce que l’on ne connait pas. Cette appréhension qu’on lie sur le regard de certains hommes ou de certaines femmes au moment où ils arrivent pour la première fois au club, je me suis fait une opinion personnelle de quelle elle est. Comme toute opinion, elle est sans doute juste et fausse.

Mon opinion est que le novice est angoissé face au mystère insondable du sadisme. Et son angoisse sera vite rassurée et apaisée car dans un club bdsm digne de ce nom, on trouve beaucoup de choses mais pas de sadisme.

Je m’explique.

Nous avons tous en nous des images culturels évocatrices du sado-masochisme, qui se sont sédimentées sur nos âmes et l’ont façonnée. Des images de flagellations , de fers rouges, de cages moyenâgeuses, de séances de tortures de l’inquisition, de cris effrayants remontant des profondeurs de l’enfer. Ces images nous ont évoqués nos pires craintes, nous les avons redouté par dessus tout et elles ont accompagnées nos cauchemars. Pire encore nous savons tous combien l’être humain sait être réellement cruel avec son prochain. Cette cruauté, nous le savons, n’est pas qu’un fantasme. Les pervers sadiques existent, nous en côtoyons depuis notre enfance. Parfois pour certains d’entre nous la rencontre fut même cruelle laissant des cicatrices sur les corps et-ou les âmes.

C’est cela que l’on craint lorsque l’on pénètre pour la première fois dans un club bdsm. Retrouver cette part sombre de l’être humain, rencontrer celui qui prend un plaisir pervers à voir souffrir. A voir souffrir réellement. Ce sont ces images de bourreaux cruels infligeant des sévices définitifs qui remontent du plus profond de l’âme des primo-visiteurs.

Cette vision a été théorisé. C’est la vision psychanalytique du sado-masochisme qui veut qu’au plaisir de souffrir réponde le plaisir de voir souffrir dans un entremêlement qui crée la relation. Je ne connais pas bien Sigmund Freud et nous avons eu d’autres différents dans d’autres circonstances mais il est fort probable que le brave Sigmund n’ait pas fréquenté les clubs SM de Vienne. En effet, le propre de la relation bdsm et qu’elle ne se construit pas sur une pulsion de mort. Dit plus communément, le bdsm ce n’est pas un bourreau qui rencontre un ou une suppliciée, ce sont deux personnes qui s’offrent l’une à l’autre dans deux rôles différents et bienveillants. Même si cette bienveillance prend le chemin de la discipline, de la douleur, de l’humiliation, ces modalités ne sont pas la destination; la véritable destination c’est la bienveillance: l’amour. Osons le terme.

L’amour

Voilà pourquoi l’angoisse de la première visite s’estompe vite. Chacun découvre un monde sans bourreau où l’attention à autrui est même plus grande et développé que dans la plupart des clubs libertins. Un monde où chacun participe d’une même volonté d’accomplissement et d’épanouissement. L’inverse d’une pulsion de mort. l’Eros qui repousse le thanatos.

Au cours d’une soirée en club, des hommes et des femmes seront attachés, fouettés, flagellés, giflés, humiliés, abusés. Pour autant, la bienveillance étant là, ce qui en ressort avant tout, c’est une esthétique qui transcende notre appréhension pour le sadisme d’autrui.

Raison pour laquelle la peur de ne pas correspondre au lieu ou l’appréhension de ne pas être à la hauteur se dissipent très vite lors de cette première visite. Il reste cette immersion au sein d’un lieu hors du temps où se produit parfois une incroyable rencontre. La rencontre que l’on fait entre soi-même et celui que l’on a toujours été au plus profond de soi.

 

Henri – C & C
mh51@icloud.com

Le Fouet, discipline bienveillante

Le fouet et son maniement ne laissent personne indifférent dans les clubs dédiés au BDSM où pourtant on peut être acteur ou spectateur de bien des pratiques… Finalement dans un club, il y a trois types de pratiques. Celles disons « conventionnelles » qui globalement ne suscitent pas l’attention. Personne ne va cesser sa conversation pour regarder une soumise recevoir une banale fessée. A l’opposé il y a les pratiques plus « extrêmes » qui, pouvant mettre mal à l’aise, voire choquer, imposent un peu d’intimité et se font dans les recoins plus sombres des clubs. Et puis il y a des pratiques qui interpellent. Les conversations cessent, les regards convergent vers le « spectacle »,

les questions et interrogations se forment dans les esprits dans l’attente et l’espoir de pouvoir nouer des conversations avec les pratiquants une fois leur oeuvre accomplie. Certains sont dans l’attente secrète et intime du jour où enfin, ils connaitront cette expérience qu’ils espèrent tant. J’ai l’impression qu’actuellement il y a presque uniquement deux pratiques qui suscitent cela à ce point : le shibari et le fouet. Pour le coup, le shibari on comprend pourquoi. C’est en soi une oeuvre, un tableau. Il y a une esthétique. Mais le fouet… Pourquoi ? J’ai cherché ici quelques éléments de réponse que je vous livre pêle-mêle.

Serait-ce parce qu’il s’agit d’une technique particulière ? Il y a forcément un peu de cela car manier un fouet est une technique qui sans être inaccessible n’est pas aisée à acquérir seul. Il est compliqué pour un novice de s’initier, tout aussi compliqué pour quelqu’un de se faire fouetter par le premier venu; de ce fait la pratique garde un petit quelque chose d’inaccessible. Pour autant l’art du fouet tel qu’il est pratiqué en club se résume à trois mouvements de base dont on peut acquérir les rudiments en quinze minutes, le reste est une question de pratique et de confiance en soi. Mais cette notion de technique ne concerne finalement que le public car la plupart du temps la personne fouettée ne voit pas son fouetteur. Son attrait pour le fouet est un attrait pour ses propres sensations et pas pour la beauté
du geste.

Donc il y a de cela mais ce n’est pas que cela.

Une histoire ancienne

Il y a peut être aussi une explication dans l’histoire très particulière de l’instrument. Peut-être résonne en chacun de nous l’histoire particulière de cet instrument qui nous fut si important. Ne l’oublions pas, le fouet accompagne l’humanité depuis qu’il y a eu des bovins à guider , des chevaux à faire galoper et des esclaves à faire travailler…. C’est dire… Dans son origine, le fouet est un outil. Et c’est un outil qui symboliquement affirme notre suprématie humaine. Les claquements de fouet accompagnent l’humanité dans son ascension. Il est une marque d’humanité mais aussi une marque sociale. Le fouet est un instrument de domination symbolique.

Peut-être y a-t-il un peu de cela dans cette fascination qui se dessine chez les spectateurs d’une séance de fouet.

Mais faut-il aller chercher aussi loin les explications ?

Fouet et shibari

La pratique que j’ai pu avoir du fouet m’a convaincu d’un certain nombre de points qui à mon avis peuvent expliquer plus simplement cette attirance.

Contrairement à ce que pense le commun des mortels, le fouet n’inflige pas nécessairement une douleur, il inflige une contrainte. Bien entendu la douleur n’est pas totalement absente, mais elle n’est pas la finalité. Je dirais même qu’à l’exception de quelques (très rares) filles maso, la douleur est plus redoutée que souhaitée. C’est en règle générale le frein principal chez les filles qui sont tentées par cette expérience mais n’arrivent pas à franchir le premier pas. Si la fille fouettée est plus envahie par la contrainte du fouet que par la douleur, c’est parce le fouet peut la toucher à peu près partout sur le corps sans qu’elle ne puisse véritablement l’anticiper, contrairement aux autres instruments qui sont plus prévisibles. Le bon fouetteur n’est pas celui qui frappe fort, c’est évident, le bon fouetteur, c’est celui qui ressent les mouvements du
corps de celle qui reçoit le fouet et imperceptiblement les corrige, la remet en place. La succession des impacts , des claquements et des frôlements finissent pas créer comme une corde symbolique qui entrave la personne fouettée.

Le fouet implique un abandon de soi pour celui qui le reçoit. Cet abandon est techniquement nécessaire car il n’est pas possible de fouetter quelqu’un de fortement crispé. Si quelqu’un se crispe totalement, l’impact du fouet est très (trop) douloureux et traumatisant. Mais c’est aussi parce que, souvent, la recherche fondamentale de la personne
fouettée est précisément l’abandon. Une autre caractéristique du fouet est qu’il concerne plusieurs partie du corps simultanément. Il permet des successions très rapides de coups; des impacts ou des frôlements. D’où cette sensation d’enveloppement que décrivent les personnes fouettées. Dans certains cas, recevoir le fouet peut même être une quête spirituelle en ce sens que la personne qui est fouettée, en s’abandonnant, délivre son âme de son corps.

A ce sujet, une remarque; les instruments comme le paddle, le martinet, la cravache ou la badine, sont des instruments qui se mettent au premier plan. On pose la badine sur les fesses, on ajuste sa position , on arme son coup puis on le porte. On regarde le résultat et on recommence. Le fouet au contraire, finit par disparaitre, on l’entend plus
qu’on ne le voit. Il crée un lien invisible et fascinant entre le fouetteur et la fouettée. Il disparait pour devenir un prolongement invisible de celui qui l’utilise. De ce fait il y a peut être plus de points communs entre le shibari et le fouet qu’entre le le fouet et la fessée.

Autorité et bienveillance

Le fouet c’est aussi un instrument qui a un très large spectre d’utilisation. Son usage va de la simple production d’un bruit violent finalement inoffensif jusqu’à un usage en tant qu’arme pouvant être létale. Il me semble avoir lu quelque part que l’on estime qu’une centaine de coups répétés à la puissance maximale entraîne la mort. De ce fait, paradoxalement, le fouet tel qu’il est pratiqué dans la relation BDSM, est aussi l’expression d’une bienveillance. Le fouetteur n’est pas un bourreau. Certes sa bienveillance ne peut pas cacher l’expression de la force et de l’autorité mais un bon fouetteur doit être dans le souci constant des sensations de la personne qu’il fouette. Le fouet relie le dominant à la dominée dans une communion qui va crescendo tout au long de la séance avec des moments très intenses en particulier lorsqu’il s’approche d’elle, palpe son corps et s’inquiète de son ressenti. En dehors de cette bienveillance il n’y a plus de noblesse dans le geste, la pratique devient vide de sens.

Au bout du compte je demeure persuadé que ce qui fascine tant dans la séance de fouet c’est que grâce à cet instrument puissant, grâce à la fantasmagorie qui lui est associé, une relation unique s’installe entre le fouetteur et la fouettée. Un moment de communion où, par nos corps, nos âmes se parlent.

 

Henri – C & C
mh51@icloud.com